Exposition décembre 2018

Série "Poetic Impact" à la galerie Galearte 

Paris 15e

Articles Exposition Galerie ICI Juin 2018

Connaissance des arts

Télérema sortir 

Figaro.fr

Loisiramag.fr

Le Parisien

Femme actuelle

Article art magasine

https://www.makexfrance.com/news/exposition-15-univers-atelier-mano/

Avril 2018

Article critique et lien en image vers  la derniere série ARCHEOSPACE 

Novembre 2017

Une nouvelle aventure d’Eloi Derôme : l’Archéospace.

Film dans l'atelier de Florent Reyne - Reportage pilote LCI sur le processus d'invention

de la peinture-sculptée Février 2017

Invitation à Radio Libertaire en Septembre 2016 autour d'Artaud - Arts et Poésie

Article du philosophe et critique Marc Wetzel dans la revue d'arts et littérature Belge "Traversée" début septembre 2016.

https://traversees.wordpress.com/…/ode-a-un-jeune-peintre-…/

Diffusion du film Elio peint et sculpté sur super 8 à la Cinémathèque française le 15 avril 2016

Publication livre d'art

De Cendre et d' Oubli  : Poésie et Peinture

Avec la complicité de Georges Elia Sarfati Philosophe et Poète Prix Louise Labé

Editions du Petit Véhicule

L'exposition est conçue comme une rétrospective dans un cabinet de curiosité - ce qui est synonyme de diversité. Pourtant on y trouve  une véritable unité de sens et de thèmes. La personnalité d'Eloi Derôme apparaît clairement à mesure que le visiteur déambule dans cet appartement transformé en galerie. Il entre petit à petit dans l'intimité du peintre et assiste au cheminement d'un expérimentateur qui joue avec les matières, les reliefs, les vernis, les textures, l'oxydation... Feu de tout bois,  de la toile de lin à la planche de bois et à la plaque de fer - alors la forme non conventionnelle dicte à l'ouvrage un nouveau sens. Au total une soixantaine d'oeuvres choisies, réalisées durant les six dernières années.

 

La peinture d'Eloi Derôme est résolument abstraite, mais elle tend par moments vers un figuratif fantasque. On trouve dans certaines toiles  une esthétique très animale, tantôt primaire - quasi monocellulaire - tantôt inquiétante. D'autres toiles s'apparentent à des paysages dont les lois physiques nous échapperaient. On peut deviner l'influence de Miró et Paul Klee (entre autres).

 

Mais la particularité de l'oeuvre d'E.D. vient de sa technique pratiquée dans la quasi-totalité de son travail: le grattage et la sculpture de l'huile. Aussi le premier mot pour décrire l'exposition serait sans conteste dermatillomanie, soit la maladie du grattage compulsif. Il semble alors que le travail d'E.D. consiste à construire une oeuvre en superposant des couches de couleurs qu'il sculpte, pour ensuite déconstruire, dévoilant différentes strates, qui donnent sens à l'oeuvre. Il semble deviner où lancer d'intrigantes fouilles pour trouver l'essence de chaque tableau. Tout semble dire que la toile n'est pas une fin en soi, qu'il ne faut pas en rester à l'immobilisme pictural. Il faut gratter jusqu'au sens. Ici le pari est réussi. On ressent presque l'haleine tiède du brasier, la douceur du nuage, la dynamique d'une bien étrange métamorphose, les frémissements de quelque mollusque tentaculaire... Aussi ne faut-il pas être surpris quand il invite les visiteurs à toucher certaines toiles.

 

Eloi n'a pas peur des couleurs. Vives souvent. Alors le noir marque les espaces, les frontières, il n'est qu'attribut. D'autres fois il compose en noir et blanc, et des motifs à l'encre de chine viennent comme une déchirure. Cela peut rappeler Pollock - dont les drippings lui avaient valu le surnom de Jack the Dripper - déjà meurtrier de ses toiles.

Il faut souligner l'importance du contraste dans une peinture un peu lunatique mais étrangement cohérente, où l'on décèle de véritables mouvements. Certaines toiles jouent un double jeu et semblent être le produit de la lutte entre deux volontés. Mais c'est de cette tension que vient la force primaire, essentielle, qui habite la peinture d'Eloi Derôme, même dans les toiles les plus douces.

 

Tout cela constitue une bien étrange géologie - sortes de cartes de nulle part - et il me semble qu'après tout, la peinture d'Eloi Derôme est un cheminement. On retrouve même dans son oeuvre des références à cette thématique dans l'Art Premier latino-américain. Mais le peintre avance masqué (aussi ne soyez pas surpris par sa série graphique sur les masques, mais aussi par ses visages, jamais explicites).

 

Cela va de soi, la peinture d'Eloi Derôme est exigeante. Il semble alors que le peintre se teste autant qu'il teste le réel, voyant jusqu'où il supportera d'aller. Il ne nous reste alors que notre imaginaire pour comprendre le sien. Et pour ça les titres ne sont pas d'une grande aide, ce qui n'est pas sans rappeler la phrase du cinéaste Louis Malle : "Je préfère quand le spectateur sort avec des questions plutôt qu’avec des réponses."

 

Ainsi, la peinture d'Eloi Derôme est très dense, et peut être assez difficile d'accès. Certains pourraient reprocher à Eloi de réaliser des oeuvres si chargées. Mais ça serait comme de reprocher à Dumas d'avoir écrit une suite aux Trois Mousquetaires - à la limite paresseux. Pour les autres voilà un nom à suivre, tant par sa technique, sa rigueur et sa vision. J'ai choisi mon camp."   

 

Christophe Nourissier

 

 

 

Artiste visuel et plasticien travaillant à Paris. Après une classe préparatoire aux Beaux Arts il a été formé à l'EPSAA. Il a poursuivi des études supérieures de Philosophie à la Sorbonne et d'Esthétique Cinématographique  et de Pensée Contemporaine à Jussieu, avant d'exposer pour la première fois il y a de cela quatre ans.


 
La peinture à l'huile devient matière particulière, matière huile. Avec elle il développe un procédé personnel de sculpture à l'huile sur la toile. En étudiant certains tableaux de Matisse il relève l'utilisation à contre-emploi du pinceau. Le pinceau pris à revers, modèle la peinture en profondeur avec sa pointe.
Eloi s'en inspire et met en place sa technique, qui sculpte la ligne dans l'huile. Faire surgir les fibres, les veines de la matière-huile, aller au corps à corps avec la matière.
Les lignes, les sillons, les ciselures, les creux sont autant de motifs qui nous font entrer dans la toile.

 
"Je peins des rêves de jour" dixit Derôme, qui invente des univers autant défrichés qu'à déchiffrer.
Il crée un espace transitoire entre le réel et l'onirique. Il peint des images saisissantes-figuration abstraite- peut-être ce que l'on voit dans l'entrebâillement des paupières, dans l'espace-temps d'un battement de cils.
 
Sa poétique sonde et interroge l'âme humaine. Des sensations se nichent entre les superpositions de couleurs. Naissent des impressions d'effacement, d'effritement, d'éraflure et d'effleurement, parallèles que l'on peut établir avec le travail de Villeglé, entre autres parfois.
Ses peintures sont autant de traces de la vie qui passe dans notre société, de la fresque antique au mur érodé. Des figures, des visions peuvent apparaître pour disparaître aussitôt au sein des tableaux. Des formes dissimulées se révèlent en creux dans l'abstraction telles que des icônes, des reflets, des paysages, des alphabets.
Cette esthétique changeante pénètre la matière pour offrir des espaces hors le cadre.
 
Inspiré et libéré au départ par l'influence du mouvement CoBrA avec Alechinsky, son expérimentation par l'intuition, hors académie et hors théorie. Eloi travaille la texture de l'huile comme motif à part entière. La peinture sort de la toile, la quitte, s'en échappe et nous saute aux yeux. Un de ses buts est de donner à toucher à l'oeil. Faire venir du sensible, du contact. Sentir le monde par la matière peinture-huile.
 
La peinture comme on la pense couramment, liée au pinceau, est déboutée chez Eloi Derôme, l'oeil ne suit plus les repères habituels de ses tracés et entre par une nouvelle porte.
Celle d'Alice au pays des merveilles, aspirée par un autre monde, comme "le carré blanc sur fond blanc" de Malévitch, Eloi travaille une troisième dimension qui nous bascule dans une autre sensorialité."

 

Maquis Art

 

 

 

La première impression pour un familier de son œuvre sera le constat flagrant d’un certain apaisement. Avant il s’explorait, désormais il explore l’espace. Du sentiment interne (débordant, tumultueux) on est passé à une représentation épurée des choses, sorte de chœur des couleurs de Kandinsky où, selon les mots de Michel Henry, l’intention semble être de «substituer à l’apparence visible du monde extérieur la réalité intérieure pathétique et invisible de la vie.» Il ne s’agit plus tant d’une opposition des intentions, mais d'une façon d’explorer le mouvement. Le geste est ample, déterminé et visionnaire, pour mieux être ensuite interrompu, interrogé. La dualité est stylistique mais n’est plus déchirure. L’aspect sculpté est bien sûr encore présent, mais semble suivre une logique plus géométrique. La toile ne semble plus vouloir se libérer d’elle-même – de l’intérieur! – mais s’affranchit tout de même des codes du carcan (deux dimensions, continuité…).

La technique est encore une fois au rendez-vous, avec l’emploi de divers types de peintures, de vernis et de pigments pour travailler le toucher de la toile. Les contrastes sont saisissants pour une grande diversité de textures qui ressemblent à des peaux (tout un bottin, avec ses couleurs bariolées et tous les âges de la vie). Eloi les traite de façon singulièrement sensuelle, il ne les esquinte plus.

 

Il y a d’abord les Oblongues (les premières œuvres réalisées pour cette exposition) sortes de visages en silhouettes, texturées par les couches, résidus et vernis comme les strates qui nous constituent. Elles s’inscrivent dans, ou se détachent de leurs cadres (travail du grain, contrastes de couleurs) comme galerie de portraits où le fond et l’objet se voient allouer la même importance – nous définissons nous comme la continuité ou une rupture avec notre environnement? D’une toile à l’autre – d’un individu à l’autre – la réponse varie. La série Urbanité tente une représentation de l’existence citadine. Dans une approche transversale des mouvements et panoramas de la ville, Eloi superpose le courant à l’absence d’horizon. Les trois dimensions de la vie sont renversées en deux dans une sorte de grillage ; l’humain tente d’y exister, surnage ça et là (et il s’agit, il faut bien le dire de sa série la moins apaisée).

          

La question de la finalité de la toile se pose dans la série des Jump Cut. Il joue avec les codes habituels, et plutôt que de donner relief à l’œuvre, il s’attaque au support. Eloi explore tout ce qu’une toile peut dire (après avoir un temps expérimenté avec des formats hors-norme dictés par une volonté résolue de récupération, il pousse le canevas traditionnel dans ses retranchements. La toile n’est plus uniquement un support, un alibi). Ces constructions abstraites, aplats d’une géométrie fantasque, sont dépouillées de parcelles de toile. On perd de vue le mouvement du pinceau, le sens du mouvement. Il semble qu’Eloi superpose deux couches striées, sorte d’hyper - industrialité, qui paradoxalement nous ramène à son animalité et son désir d’exploser les conventions du cadre carré – industriel, justement.  Dans cette étude sur l’aspect similaire et symétrique de l’humain post industriel, le cinéma trouve naturellement sa place, aussi certaines de ces œuvres étaient exposées à la projection des Super 8 retravaillés par les Trafiquants d’Images. Le faisceau sur les trous de la toile crée un relief en profondeur inversée.

 

Contrairement aux deux séries précédentes, les Virgules sont une étude sous le spectre de la nature plus que son altération. Elles se concentrent sur des représentations plus minimales, où des couleurs et des courants libres sont comme traversés par des formes gravées. Le méandre dessiné est ample, presque intarissable, lisse. Parfois les incrustations sont géométriques, et on sent l’humain qui pointe dans le paysage.

          

Globalement, l’évolution d’Eloi Derôme l’amène vers une peinture ludique mais complexe. Son travail, est puissamment inspiré par sa formation de philosophe, et nous force à la réflexion sur des choses simples (l’un des objectifs du travail philosophique, n’est-il pas de faire tomber l’idée d’anodin?). Mais il laisse aussi la part belle au génie de l’enfance qui sait s’émerveiller, voir les choses au-delà de leur fonction. La technique, l’expérimentation et l’utilisation d’outils insolites (matériel de chantier) restent des éléments centraux. Un rien enfant fou, il explore en dépit des conservatismes et conventions, et plus son œuvre avance, moins la vérité y est cachée. Ne serait-ce pas l’éclosion, dans le calme résolu, d’un artiste qui se trouve? Rendez-vous en 2016 pour en être sûr.

 

 Le Grand Bestiaire

 

 

 


Un regard sur la peinture d'Eloi. C'est fin et en suspens, collé contre l'oeil du sol terrestre. Il y a un truc avec "mon regard est une peau de surface en train de se déchirer où mon oeil dormait dans une position mentale". Le premier truc à se dire est que c'est beau, attachant aussi. Il n y a pas ce qui va d'habitude avec le beau, la saisie d'une distance irrationnelle avec sa vie. Le beau classique établit une distance d'appartenance avec un idéal, une projection solennelle dans un sauve qui peut hors de la vie. Ce qui est un coup de peau avec cette peinture, est qu'on est adhéré à la vision, même sans besoin de totémiser, de réfléchir au travers de signes à la direction à prendre pour voir. Il n y a pas de direction à prendre, on se retrouve directement derrière l'oeil, et on a le confort espion de surgir dans ce qu'il voit, et on a le sentiment de pleurer les couleurs de la vision.


Autrement dit, c'est beau parce qu'il nous laisses le temps de le voir, l'œil. La peinture est souvent un déjà vu, un "selon-voir", un travail de mise en lumière, un contraste, la possibilité d'une perception, chez Eloi Derôme, je préfère, c'est "un en train de voir", cela a donc la qualité d'un poème, sans ce qui définit un poème, un en train de voir en train de disparaitre. Reste ici un en train de voir visible, ce qui ajoute à l'émotion le calme sans psychologie d'une position de l'oeil qui restera ouverte hors du temps. Ca me rappelle, vous vous direz ah, Chardin, pour cette justesse d'arrêt du devenir du Monde et par sa prise de risque, consistant à faire rentrer en contact des tas de déséquilibres (comme sur ce tableau de table de cuisine, avec le chat, les épaves animales marines…)


Ce que je respecte chez les gens, c'est le coup d'oeil généreux, avec quelque chose de farcesque, en donner toujours plus à voir que c'est possible; pas pour épater, pas pour violer la bonne soeur de la sensibilité, pas pour nous faire traverser un champ de mines de possibilités de sauter de joie ou d'admiration devant la prodigalité, pas pour effacer son style, mais pour faire choix avec le maximum de risques, à la Chardin. C'est autant un style qu'un pari, autant de l'art que de l'art de vivre l'art. Et ça il y arrive. Et c'est fort.
De quoi bien s'amuser sur la roulette.

 

Felix O' Connor

 

 

 

© ​Eloi Derôme